The Leftovers, saison 1 – construction du deuil autour du vide

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Températures en chute libre, ciel triste et exempt de toute lumière, le Blue Monday* n’a jamais aussi bien porté son nom. Et si on profitait du temps pourri pour s’adonner ce soir à un bon Binge watching (ou marathon télévisuel) de The Leftovers ? Déprimer un bon coup oui, mais que cela serve à quelque chose !

Boardwalk Empire, True Detective, Les Sopranos, The Wire sans parler de Game of Thrones, Girls (mon dernier coup de cœur absolu) et le fraîchement lancé WestWorld… HBO, chaîne américaine « à péage », nous a habitués aux coups de génie scénaristiques ces vingts dernières années. La densité de la trame de The Leftovers entre dans une excellente continuité.

Moins 2%

Le postulat de départ de cette série dramatico-fantastique est simple : 2% de la population mondiale s’est volatilisé. Pas de brûlure sur le sol, aucune poussière cendreuse laissant présager une combustion spontanée, aucune trace des disparus. Le vide implacable que la nature n’a habituellement de cesse de combler s’empare de tous les êtres, qu’ils soient plus ou moins, de près ou de loin touchés par la tragédie.

Plutôt que de se focaliser sur le pourquoi, les auteurs Damon Lindelof et Tom Perrotta fixent leurs projecteurs sur l’après. Le récit prend son temps, situe la première saison trois ans après les départs inexpliqués. Le rythme respecté se veut doux, sans à-coup et nous sommes lentement mais sûrement captivés par les béances engendrées par ces nouvelles absences. Une bande originale signée Max Richter accroît avec toute la mélancolie possible l’impression de ce vide laissé par les 140 millions d’âmes envolées. Comme si, en plus de la quiétude, ces dernières avaient emporté avec elles le chant de la vie de l’Homme, ne lui laissant que bruit blanc et solitude.

Perte de l’être cher … et culpabilité de ceux qui restent.

Dans The Leftovers, chaque personnage embrasse sa singularité. Sa brisure unique résulte de ce que l’on ne lui a pas laissé, les miettes de ce qu’il reste de l’amant, de l’épouse, du voisin, de la famille entière ou du nouveau-né. Les plus détruits ne sont pas forcément les plus plaintifs mais se verront ostracisés parce que le hasard les aura plus frappés que d’autres. L’option serrage de coudes face à cette étrange adversité n’est pas choisie par tous, certains craignant même une forme de contagion du deuil.

S’ajoute à la lourde sentence une myriade d’obsédantes questions : pourquoi suis-je restée et pas lui ? Je le portais dans mes bras, dormais à l’étage pendant qu’il préparait le café, lui avais emprunté du sucre la veille…  Les restants vivent avec toute la frustration et la culpabilité qu’ils pensent, à tort, mériter à outrance. Certains s’enferment, d’autres en profitent pour bouleverser leur vie, quelques-uns s’emmurent dans le silence. En somme, l’immuabilité de la non-réponse créé une chape de plomb au dessus d’une existence engourdie.

Toutefois, parce que le glas sonna d’une note unique pour tout le monde, une résilience commune émerge de la tragédie, fond de résistance d’une humanité frustrée d’avoir survécu. L’impuissance assumée devant cette nouvelle universalité se révèle d’un étonnant réconfort pour le spectateur, la série amenant ce dernier vers une réflexion autour de l’espace laissé au deuil dans notre société d’aujourd’hui. Comment nous remettons-nous ? Quelle vie après les drames ? Sommes-nous égaux devant la douleur ? A croire que l’angoisse de la mort n’est rien comparée à la redoutée souffrance laissée aux vivants.

*Le troisième lundi du mois de janvier a été officiellement déclaré jour le plus déprimant de l’année.

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