Choisissez des sources d’information propres à la consommation

Dans une existence polarisée autour des médias, le tri du bon et du moins bon devient une véritable épreuve. Nous sommes assaillis de toutes parts via réseaux sociaux, télévision, radios, sans trop savoir désormais qui écouter, qui lire, que croire. Et nous oublions bien vite que la vérification systématique des sources est notre plus grande arme contre la désinformation.

2016 a été particulièrement houleux pour le journalisme, métier habitué aux lendemains qui déchantent. « 4ème pouvoir », « vendus », « pourris », « sans âme », les détenteurs de la carte de presse sont souvent associés à de plaisants sobriquets.  Pourtant, leur situation représente que trop un état de la société en amont. La liberté de la presse (ou plus largement des médias d’information) en péril, c’est l’intégralité de notre système qui est mis à mal et non uniquement une corporation ou de riches magnats en quête de puissance inaltérable.

Les médias dans la tourmente

Entre sa difficulté bien installée de trouver un modèle économique rentable, le manque de confiance toujours croissant du public mais aussi d’une grande partie des leaders d’opinion et les conflits autour de la vocation et du sens, le milieu journalistique subit de bien violents creux de vagues*.

L’affaire Itélé, Le Brexit, Donald Trump à la Maison Blanche… La perte de confiance s’installe à la hauteur des récents échecs essuyés. En dépit d’une opposition farouche et organisée des journalistes d’Itélé, c’est bien la toute-puissance de l’actionnaire Vincent Bolloré qui a fait plier et appauvri une éminente rédaction d’1/3 de ses membres. Peu rassurant. Outre Atlantique, certains dénoncent une couverture médiatique trompeuse et imparfaite cantonnant l’électorat de Trump au vote contestataire, ce qui expliquerait la surprise générale constatée.

Et puis, les médias ont montré qu’ils privilégiaient parfois la polémique au détriment d’une information qualitative. Eric Zemmour est un exemple parfait. Essayiste français, journaliste et auteur d’ouvrages controversés, il a longtemps eu pignon sur rue avant d’être condamné (pour provocation à la haine) et progressivement démasqué par ses penauds « coreligionnaires ». Sans conteste intelligent, cultivé, possédant un don d’éloquence manifeste, l’homme sait capter son auditoire, argumente bien, aime à débattre. Et de nous noyer sous une masse de détails, de chiffres, de données précises qui tendent à nous faire penser qu’il s’y connaît mieux que nous et que donc, tout ce qu’il dit est vrai.

En outre, nous n’allons pas vérifier ses informations car :

  1. les médias ont eu confiance et l’ont laissé prendre une position d’importance à des heures de grande écoute. Nous faisons donc confiance par extension.
  2. A contrario, nous réservons peu de crédits à nos capacités de compréhension, d’apprentissage et de mise en doute. Il est difficile d’aller à contre-courant d’une idée, d’une majorité, pourtant exempte de force de loi, encline à tyranniser l’antinomique.

Si Zemmour énonce certains faits avérés et vérifiables, d’autres demeurent des opinions marquées sans fondement ni valeur à titre d’information. En qualité d’expert exhaustif, il tire des conclusions prétendument évidentes car ses arguments sont efficaces et percutants, simples car peu nuancés. Or, je ne peux m’empêcher, à chaque apparition du personnage de repenser au syllogisme** paradoxal du mauvais cheval :

Tout ce qui est rare est cher,
Un cheval bon marché est rare
Donc un cheval bon marché est cher

Zemmour est un pousse-au-crime véhiculant généreusement des amalgames, énonce pléthore de sophismes en toute crédibilité. Et d’attiser la haine d’une partie de la population en quête de solutions qui n’a que faire des études de texte de ses détracteurs.

Votre fil Facebook n’est pas le meilleur moyen de s’informer sainement

Pour le public, les instances dédiées sont dépassées par les événements, obnubilées par des guerres intestines. Pire, elles demeurent désormais trop proches des hautes sphères pour conserver l’objectivité nécessaire. Puisque la presse est détenue par d’énormes fortunes qui sans l’ombre d’un doute ne s’occupent que peu des drames du petit peuple, nous privilégions des biais médiatiques alternatifs… plus ou moins fiables.

On va préférer se référer à une information relayée par nos semblables, nos cercles d’amis proches à plus ou moins grande échelle plutôt que d’écouter ceux dont c’est le métier. Le problème n’est pas que vos amis ne sont pas fiables, le problème est plutôt que, comme vous, vos amis relayent les contenus relayés par leurs propres amis. Et tout ce petit monde n’aura que rarement vérifié l’origine desdits contenus. La chaîne d’information se révèle donc biaisée de toute part.

La bonne nouvelle, la voici : vous êtes responsables de ce que vous transmettez à votre communauté. 

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L’Hoax*** comparant une famille au RSA et une famille de salariés 

Dans toutes ces choses importantes que nous n’apprenons pas assez à l’école se trouve la vérification indispensable et systématique des sources d’information. Or, une information ne vaut rien sans la garantie de confiance qui lui est associée. Ne pas vérifier les sources ou la fiabilité d’une information comporte son lot de danger véritable, celui de désinformer pour commencer. Mais plus grave, ce manque de rigueur nous met à la merci de personnes usant et abusant de jolis mots ou se disant expert sur un sujet pour colporter des idées que vous auriez possiblement réfutées dans un autre contexte.

Bien s’informer devient aujourd’hui l’assurance de se créer une opinion propre et de s’éloigner d’une haine démocratisée par des informations impropres à la consommation. 

En 2013, nous étions bernés par le faux document démontrant qu’une famille au RSA avait de meilleurs revenus qu’une famille de salariés. Plus récemment, il s’agissait du massacre d’un inoffensif sapin de Noël par de méchants musulmans. Tant de supercheries qui, même lorsqu’elles sont révélées, gardent le bénéfice du doute aux yeux des sceptiques et colporteurs pour qui il n’y a pas de fumée sans feu. Il est d’intérêt publique, notamment en ces périodes troublées, de ne pas partager #share tout ce qui passe sous nos doigts sans modiques vérifications.

« Consommer responsable » en cinq leçons

S’il demeure impensable de vérifier tout ce que l’on nous dit, il est tout à fait possible de « consommer responsable », de lire, écouter ou regarder en conservant toujours une forme de recul mental et en ne considérant pas comme vérité acquise toute donnée à notre portée. Plusieurs possibilités s’offrent à nous et il est plutôt simple de les mettre en application immédiatement :

  • Choisissez des médias de référence qui vous nourrissent : même s’ils leur arrivent de faire des erreurs, nos journaux historiques tels que Le Monde, L’Obs, Le Figaro ou Libération ont encore une ligne éditoriale éthique et respectent les règles de base du journalisme d’information.
  • Ne résumez pas votre connaissance à un seul titre, cherchez à ouvrir votre esprit à d’autres idées, d’autres points de vue. Le Canard enchaîné, Courrier International, des titres anglophones mais également des éléments de la presse spécialisée tels que Challenges,  L’HistoirePsychologies MagazineSciences Humainesla revue XXI… Tant d’angles nouveaux favorisant une réflexion approfondie sur des sujets d’intérêt général. Idem pour les chaines, les radios, les alternatives de type Pure Player tels que Mediapart et Rue89, les sites d’opinion Citizen Post ou Agoravox. Ils constituent un véritable apport si tant est que l’on conserve un regard critique à la lecture de cette actualité commentée à l’objectivité toute relative.
  • Optez pour les agrégateurs de contenus de type Netvibes, application permettant de regrouper en un unique espace personnel et personnalisé vos pages favorites. Les titres principaux sont à portée de clic et vous recoupez les informations en un coup d’œil. Si plusieurs médias relayent l’information, la véracité de cette dernière sera plus probante. Les cas d’école de l’erreur généralisée existent (la mort de Martin Bouygues annoncée par l’AFP en 2015) mais restent rares.
  • Ne colportez pas des Contenus Générés par les Utilisateurs (ou UGC) sans en avoir vérifié la teneur au préalable. Vidéos YouTube, commentaires, posts de blogs, autant de productions à prendre avec des pincettes et à considérer à la hauteur de leurs identités. Les propos n’engagent que leur auteur, les arguments sont propres à ce dernier. Cela ne signifie pas que c’est faux, cela ne signifie pas que les idées véhiculées ne vont pas entrer en totale résonance avec celles que vous soutenez. Cela signifie que vous ne pouvez les considérer comme référence sans faire votre part sur le chemin de la réflexion. L’avis sur le Web constitue un succédané pour celui qui souffre de sa non-prise de parole dans la vie réelle. L’envie de faire du buzz, de se faire connaître dépasse que trop souvent la notion collective de partage. Une qualité médiocre au profit d’un sujet coup de poing et nous voilà incapables de démêler le faux du vrai.
  • Les réactions à chaud ou #BREAKINGNEWS sont à accueillir avec parcimonie. Nombre de fausses alertes ont été partagées suite aux attentats. Les réseaux sociaux accélèrent la diffusion de ce genre d’information, une bonne solution qui peut véritablement sauver des vies si le phénomène n’est pas altéré par le manque de vérification minimum. Car le cas inverse peut avoir des effets dévastateurs, créer des mouvements de panique mais également appauvrir la confiance du réseau qui, au bout de deux fausses alertes, ne verra en vous qu’un Pierre qui crie au loup.

Ne soyez pas le patient Zéro d’une pandémie. Vérifiez vos sources comme vous vous lavez les mains. De cette manière, vous devenez un vecteur d’information fiable et tournez la viralité du Web à votre avantage.

* Pour approfondir car c'est important : Sauver les médias de l'économiste 
et professeur à Science Po Julia Cagé, essai paru en 2015 aux éditions Seuil.
 **raisonnement logique à deux propositions.
*** canular malveillant
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